L'AFM-Téléthon s'était pourtant engagée à reprendre et à poursuivre le développement de l'olesoxime...

12/06/2018

Comme annoncé la semaine dernière, le laboratoire ROCHE a décidé de stopper le développement de l'olesoxime, molécule de la famille des neuroprotecteurs, mettant ainsi fin à un projet engagé il y a près de 20 ans par l'AFM-Téléthon. 

​Pourtant, l'idée de pouvoir disposer d'un médicament de la famille des neuroprotecteurs était une véritable attente, et la communauté SMA éprouve une grande déception. Depuis de nombreuses années, notre association défend l’idée que l’une des meilleures façons de combattre la SMA serait de fournir une combinaison de thérapies à disposition des patients. Cette combinaison de traitements devrait être composée, a minima :

  1. D’un traitement qui active la production de SMN : comme le Spinraza du laboratoire BIOGEN, comme la molécule RG7916 encore à l’essai chez ROCHE, ou encore comme la molécule LMI070-Branaplam, également à l’essai chez NOVARTIS.

  2. D’un traitement de type « neuroprotection » visant à protéger les motoneurones et donc à ralentir (voire stabiliser) les effets de la maladie à moyen et long terme. On sait que les motoneurones font partie des principales cellules atteintes par la SMA. Ces cellules nerveuses contrôlent l’activité musculaire, mais si ces cellules ne fonctionnent pas correctement, elles finissent par mourir, conduisant inéluctablement à une dégradation et à la destruction des capacités musculaires. A ce jour, seule l'olesoxime relève de la famille des neuroprotecteurs pour la SMA.

  3. D’un traitement destiné à améliorer la capacité de contraction des muscles ainsi que la régulation de la masse musculaire pour augmenter la force musculaire. Un projet de ce type est actuellement à l’étude aux USA (laboratoire CYTOKINETICS).

  4. D’un traitement qui améliore les capacités respiratoires des patients SMA et qui peut également avoir des effets bénéfiques sur certaines fonctions motrices : le Salbutamol, par exemple est une molécule déjà largement dispensée aux patients SMA en traitement de base aux USA ainsi que dans certains pays européens.

 

Ainsi, vu du patient SMA, l’abandon du développement de l’olesoxime aurait pour conséquence de limiter le champ d’action d’une éventuelle future « multi-thérapies » pour lutter contre la SMA, et de réduire les synergies potentielles entre les différents traitements. Cette annonce est donc un coup dur porté à la lutte contre la SMA.

L’une des raisons majeures invoquée par ROCHE pour justifier l’abandon du projet est que les résultats de l’essai clinique de l’olesoxime à 18 mois démontreraient une dégradation des fonctions musculaires des patients. Pourtant, il y a quelques mois, ROCHE indiquait que les résultats à 12 mois de cet essai montraient, au contraire, une amélioration des fonctions motrices des patients inclus. Face à des résultats aussi « changeants » on peut légitimement se demander si une prolongation de cette étude ne conduirait pas à des résultats à nouveau positifs, d’autant que cet essai clinique était initialement prévu pour durer jusqu’en 2021. Par ailleurs, nous gardons en mémoire les résultats du premier essai clinique de l’olesoxime, réalisé en 2013/2014 par la société TROPHOS (biotech marseillaise dont le projet « olesoxime » a été principalement financé par l’AFM-Téléthon de 1999 à 2014), qui s’étaient révélés particulièrement encourageants sur une période de 24 mois. 

En parallèle, ROCHE affirme aujourd’hui que l’olesoxime n’aurait plus sa place face à l’avènement de nouveaux médicaments « actifs » de type Spinraza. Or, comme nous le soutenons depuis longtemps, un médicament de la famille des neuroprotecteurs serait pourtant un complément naturel à associer aux molécules dites « actives ». A long terme, les effets combinés contribueraient à une meilleure qualité de vie des patients SMA.

Ainsi, statuer aujourd’hui sur l’inefficacité des effets de l’olesoxime nous semble prématuré. Au regard des explications fournies par ROCHE, l’abandon du développement de l’olesoxime ne nous paraît pas reposer sur des constatations scientifiques suffisamment établies. Dans ce contexte, la décision de ROCHE nous laisse particulièrement perplexes.

D’autant qu'en 2013 et 2014, lorsque la molécule était encore la propriété de TROPHOS, les experts et les responsables de l'AFM-Téléthon présentaient l'olesoxime comme étant le premier traitement efficace contre l'amyotrophie spinale. Cela étant, lors de la vente de TROPHOS au laboratoire ROCHE en 2015, les responsables  de l’AFM-Téléthon avaient pris soin de s’entourer de certaines garanties afin de préserver les intérêts des patients SMA. En particulier, le Directeur Général de l’AFM-Téléthon écrivait à l’époque que cette transaction comportait une clause spéciale au cas où ROCHE déciderait d’arrêter un jour le développement de l’olesoxime :

« En cas d’abandon du développement de l’olesoxime pour la SMA, avant ou après l’Autorisation de Mise sur le Marché, au niveau mondial ou en Europe et/ou aux États-Unis, ROCHE s’engage à rétrocéder à l’AFM-Téléthon une licence exclusive mondiale pour l’amyotrophie spinale et à lui transférer tous les procédés et droits de production y afférant, acquis au moment de l’abandon et nécessaires pour poursuivre le développement et/ou l’exploitation du médicament. » 

 

Source : courrier de l’AFM-Téléthon du 30 janvier 2015 (cf. document en PJ - paragraphe surligné en page 2 )

 

C'est pourquoi, comme l’indiquait son Directeur Général en 2015, l’AFM-Téléthon devrait logiquement, aujourd’hui, honorer ses engagements vis-à-vis de la communauté des familles SMA en reprenant et en poursuivant le développement de l’olesoxime. Si l’olesoxime se révélait finalement inefficace, alors les 60 millions d’euros engrangés par l’AFM-Téléthon lors de la vente de l'olesoxime/TROPHOS à ROCHE en 2015 faciliteraient largement la recherche d’un nouveau neuroprotecteur afin de remplacer l’olesoxime.

En conclusion, l’AFM-Téléthon devrait donc reprendre et poursuivre le développement de l’olesoxime. Ainsi, La communauté SMA pourrait encore garder l'espoir d'obtenir prochainement un médicament neuroprotecteur en complément des traitements actifs contre la SMA.

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